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Il est courant de présenter le Maroc (Al Maghrib Al Aqsa) comme un pays aux mille contrastes, s’efforçant de combiner l’attachement à une identité séculaire aux multiples confluents et une détermination à s’inscrire dans la modernité et à prendre sa pleine place dans le monde contemporain. Le Maroc est, en effet, un pays dont la géographie a été tantôt une source d’intérêt, d’attrait ou de convoitises, tantôt un facteur de difficulté ou d’isolement. Son histoire, lointaine ou récente et qui ne fut pas un long fleuve tranquille, a été marquée par des périodes diverses d’expansion et
de faiblesse, d’ouverture et de repli, mais aussi par des mouvements humains, culturels et matériels qui ont façonné le peuplement du pays et forgé son socle identitaire.
Sans s’appesantir sur l’histoire lointaine du pays, il importe de retenir, de prime abord, que la nation et l’Etat au Maroc ne sont pas une pure création post-coloniale. L’Etat/nation marocain prend racine, au sein de frontières certes fluctuantes, bien avant la période coloniale qui n’a duré, par ailleurs, que moins d’un demi-siècle.
Conjuguée aux facteurs religieux et ethniques qui ont assuré, à des degrés variables dans le temps et dans l’espace, l’unité de la nation et le contrôle de l’espace, la continuité dynastique a pu maintenir la profondeur historique de l’Empire Chérifien et nourrir la personnalité d’un Maroc qui cultive sa différence et qui s’est soustrait au Califat de l’Orient, puis à l’Empire Ottoman. La constance dans les formes de légitimité de l’Etat (« Bay’a », « Imarat Al Mouminine », …) et la flexibilité de ses rapports avec les pouvoirs locaux tribaux, surtout en périodes de crise, ont constitué deux mécanismes importants de la genèse et de la consolidation historique de l’Etat/Nation au Maroc.
Le peuplement du Maroc rend compte de cette forte personnalité, réelle ou cultivée, et montre que le pays peut bien se prévaloir d’être une grande civilisation, qui a su entretenir une continuité tant de son organisation politique que de ses traits culturels et de ses traditions sociales : en témoignent la richesse et la vivacité de son patrimoine architectural, vestimentaire, culinaire, artistique, artisanal, etc. Un autre déterminant de cette personnalité, qui fonde aujourd’hui encore le sentiment d’appartenance nationale, a été la capacité du Maroc à préserver un pluralisme, même symbolique à certaines époques, se traduisant par la cohabitation séculaire de composantes diverses et d’origines multiples.
Pays carrefour, appartenant au monde méditerranéen, enraciné au Sahara et en Afrique, sensible à l’Orient et s’impliquant Outre-atlantique, le Maroc a connu des flux et des reflux importants de populations, d’origines diverses, qui ont connu un brassage singulier dont les débuts remontent à plusieurs milliers d’années. La terre et le peuple marocains ayant ainsi été, de tout temps, à la rencontre de mondes multiples et changeants qui les ont entourés. Le pays représente ainsi un véritable creuset de civilisations richement variées.
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