|
Le patrimoine du pays et son dynamisme culturel et artistique constituent un potentiel important et un apport original et précieux à la civilisation et à la culture mondiales. Au cours de ces 50 dernières années, la société marocaine a pu, plutôt bien que mal, sauvegarder les pans essentiels du patrimoine national et enclencher un renouveau de la création culturelle et artistique, après une période de léthargie, en partie imputable à la conflictualité politique et à l’absence d’une réelle politique culturelle. En effet, les générations de l’après-indépendance ont réussi globalement à sauvegarder et à faire vivre, d’abord dans leurs formes originales et ensuite en les modernisant, les multiples expressions du patrimoine séculaire du pays. C’est ce patrimoine qui continue aujourd’hui à procurer au Maroc l’image d’une nation enracinée dans l’histoire et le dote de multiples atouts touristiques et culturels, sans parler des gisements intarissables qu’il représente pour les générations actuelles en termes d’inspiration et de créativité.
Les illustrations sont nombreuses. Elles concernent, entre autres, l’architecture, de la plus humble à la plus monumentale (Médians, Ksours, Kasbas, Douars, architecture moderne et urbaine,…) ; les métiers traditionnels sous toutes leurs formes : travail du bois, du plâtre, de la poterie, des métaux, du cuir, des bijoux, des costumes, etc.
L’artisanat marocain occupe encore aujourd’hui une grande partie de la population active ; à cela s’ajoutent la musique, la danse, les rythmes, les arts graphiques, les traditions littéraires orales et écrites à travers leur riche diversité amazighe, arabomusulmane, ou leur pluralité linguistique, mais aussi : le théâtre, la parodie, les contes, les spectacles populaires, la gastronomie, et les expressions cinématographique et télévisuelle.
On notera, cependant, que le patrimoine anthropologique et architectural du pays commence à montrer des signes d’érosion, en raison de l’insuffisance de l’effort de préservation et de valorisation dont il a pâti durant les décennies passées. Il en est de même du patrimoine oral et de tous ces « savoirs tacites locaux » qui glissent dans l’économie informelle et qui ne renouent pas encore avec un dynamisme qui les intègrerait dans les sphères modernes de l’économie et de la société. Ces deux constats sont d’autant plus alarmants que la mondialisation culturelle et la standardisation qui l’accompagne sont porteuses de risques réels pour les cultures nationales et locales.
Sur le plan de la production artistique et culturelle, il importe de souligner l’essor qu’a connu le Maroc pendant les premières années de l’Indépendance et qui s’est prolongé jusqu’au début des années 1970, avant de connaître un immobilisme qui a duré plus de deux décennies. A partir du début des années 90, et avec l’ouverture politique et le développement des médias, les prémices d’un nouveau dynamisme culturel et artistique s’annoncent dans différents domaines, comme cela peut être illustré en matière de production littéraire (voir encadré), ainsi que dans les domaines de l’architecture, des arts contemporains, du cinéma et du théâtre.
La culture marocaine d’expression amazighe est aujourd’hui en pleine renaissance. Connue pour être, avant tout, une culture orale, cette composante de la culture nationale a adopté les modes modernes de diffusion, grâce notamment au dynamisme du mouvement associatif amazigh qui a commencé a voir le jour à la fin des années 1960 et au début des années 1970. L’expression culturelle amazighe qui a débuté par la poésie et la musique va s’étendre à d’autres genres artistiques comme le théâtre, le sketch, le film – vidéo et le roman. Le Discours Royal d’Ajdir (2001) et la création de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM) ont conféré à l’Amazighe une reconnaissance formelle dans la politique linguistique, culturelle et médiatique du pays, levant ainsi la marginalisation dans laquelle cette culture était maintenue et lui ouvrant de nouvelles perspectives d’affirmation et de renouveau.
On ne saurait clore cette section sans évoquer les nouvelles dynamiques qui traversent le domaine de la création artistique et culturelle dans le Maroc d’aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation et d’effervescence médiatique qui font que la culture est devenue un espace de concurrence et une source de richesse pour ceux qui en maîtrisent les outils. Le rôle de la diaspora marocaine est important à ce niveau, en ce sens que c’est grâce notamment à elle que la culture marocaine est en train de trouver une place, même encore timide, à l’échelle internationale.
|